Présentation

Publié: juin 15, 2011 dans Uncategorized

Les élèves de troisième du collège Jacques Prévert de Bourg-sur-Gironde ont l’occasion de manipuler des documents datant de la Seconde Guerre Mondiale.

Cet ensemble documentaire a été constitué au fil de la guerre par un seul jeune homme. Il est constitué de numéros de Match d’avant-guerre (1938-1939), de quelques numéros de l’Illustration, mais surtout par un ensemble quasiment complet des revues publiées par la propagande nazie par la guerre : Signal, Der Adler notamment. Des articles, découpés dans la Petite Gironde, ont été collés sur les revues Signal. Il s’agit souvent de Unes, et d’articles portant sur l’évolution du front de l’Est pour l’essentiel.

Cet ensemble est complété par de nombreuses brochures et tracts de propagande, également collés ici et là, permettant d’avoir un suivi chronologique de leur publication assez fin. Quelques numéros de presse d’extrême-droite, datant d’avant guerre ou de la guerre elle-même, et quelques documents datant de la libération de la France enrichissent l’ensemble.

Article dans la Petite Gironde.

Ce tract vise au recrutement. Il fait appel à la rhétorique classique de la propagande collaborationniste : antiaméricain, antisémite, antibolchévique.

Le tract fait appel aux patriotes, qui se définiraient en fonction de ce triple rejet.

 

 

 

 

 

 

L’extrême-droite française, collaborationniste, rappelle son attachement aux valeurs traditionnelles, en citant le cardinal Baudrillart (mort en 1942 à l’âge de 83 ans).

La caution intellectuelle est donnée par Georges Claude, scientifique à l’origine des découvertes amenant à la création d’Air Liquide. Celui-ci sera destitué de l’Institut à la Libération.

Abel Bonnard, poète maurrassien, fut secrétaire d’Etat à l’éducation nationale et à la jeunesse, sous le gouvernement de Darlan puis de Pierre Laval. Il fut exclue de l’Académie Française à la Libération.

Alphonse de Chateaubriand participa à la publication du journal collaborationniste "La Gerbe", auquel participent quelques grands noms de la littérature française : Sacha Guitry, Jean Giono, ou Marcel Aymé.

L’Assaut est un hebdomadaire collaborationniste proche du Parti Populaire Français animé par Jacques Doriot, qui s’engagea dans la Légion des Volontaires Français, au côté des SS dans l’Est, entre autres. Pierre Thurotte, présenté comme le fondateur du journal, est membre de ce parti.

On note le titre de l’hebdomadaire, traduction française du journal allemand et nazi "Der Angriff" fondé en 1927 par le Dr Goebbels, futur haut responsable de la propagande du III° Reich.

Cette parution semble limitée à la région bordelaise, mais il existe un journal appelé "Assaut" en Ardèche également. Il est probable que ce numéro ne soit qu’une édition locale d’un hebdomadaire plus centralisé. Toutefois, on relève une présentation soignée avec un bandeau représentant le front de fleuve des quais bordelais, avec les principaux monuments de la ville.

Ce papier fait l’apologie des L.V.F., et Doriot est cité en exemple. Il relaye également des informations concernant le P.P.F.

Extrait d’une brochure accueillant plusieurs planches satiriques concernant les Etats-Unis, qui devient une cible privilégiée de l’Allemagne nazie dans sa propagande. Ces planches cherchent à faire penser que les américains sont :

  • Imbéciles : voir l’exemple ci-dessus
  • sans moralité
  • subjugués par les Juifs
  • etc.

Cet extrait est un exemple important d’un ressort classique de la propagande, qui ne peut être efficace que si elle utilise tous les leviers de communication possibles, tous les langages possibles. L’humour en fait parti. Ainsi, la population baigne totalement dans la propagande.

Petite annonce de bas de page, dans le journal "Assaut", parution d’extrê-droite, localisé en Gironde.

La N.S.K.K (Nationalsozialistisches Kraftfahrkorps) était le corps motorisé du N.S.D.A.P. (le parti nazi). C’est un groupe para-militaire que rejoignirent environ 2500 français durant la seconde guerre mondiale. Ce régiment fut essentiellement employé sur le front de l’Est et en Italie.


Publié dans "Signal", cet encadré est un extrait d’un article plus important qui montre à quel point l’Allemagne est supérieure aux États-Unis.

Contexte : Les Etats-Unis sont en guerre contre les forces de l’Axe depuis l’attaque de Pearl Harbour, le 7 décembre 1941, par les forces japonaises dans le Pacifique. Ils représentent la plus grande menace pour le IIIème Reich, car sa distance laisse ses forces de production, considérables, intacts.

Technique de propagande :

  • cet encadré montre la différence de densité de librairies entre les deux pays. C’est une information inoffensive, de prime abord : ce document est un exemple des différentes facettes de la propagande.
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RectoVerso

Ce tract était collé dans un exemplaire de "Signal" de 1942. L’objectif est de créer une confusion : assimiler les résistants au banditisme (ceux qui commettent des attaques, des attentats) et aux étrangers, car le marché ne peut être que de leur fait, et non celui de toute la population française et patriote.

Contexte : l’exploitation des pays occupés et la politique de collaboration de Vichy entraîne des pénuries importantes sur les produits de base. Pour maintenir les populations en vie avec le minimum, des cartes de rationnement, indiquant les quantités (de pain, de savon, etc) qu’un individu pouvait acheter, par semaine ou par mois, selon sa situation. Par exemple, la lettre A désigne les consommateurs de 12 à 70 ans ne se livrant pas à des travaux de force (étant moins utiles, ils ont moins à manger).Les tickets de rationnements existeront encore quelques années après la guerre, car l’économie fut lente à reprendre un fonctionnement normal.

Ces restrictions entraînent l’apparition du marché noir, où tout est disponible, mais au prix de la rareté des produits. C’est une forme de criminalité complexe, dans son existence dans toute les couches de la société et ses rapports ambigus avec tous les camps et tous les mouvements.

Techniques de propagande :

  • L’effet visuel : cette carte est une réplique exacte d’une carte de rationnement. Mais une grande tâche de sang macule les tickets : effet violent, cette carte a donc un lien avec "le crime".
  • Au verso, le texte est sans équivoque : le lien avec le crime est fait.
  • Un slogan central : facile à retenir avec la rime et le vocabulaire violent (volée, assassiné).
  • Le terme banditisme fait référence à la résistance (mais il est impossible d’utiliser ce mot, car il a une connotation positive). Celui-ci est organisé : "une section spéciale est chargée de …".
  • La peur de l’étranger : la Résistance, qui est accusée de commettre des crimes, est assimilée aux étrangers (il ne s’agit pas des allemands, bien sûr).
  • L’antisémitisme : seuls parmi eux, les Juifs sont expressément désignés. Les clichés récurrents marchent ici à plein : l’amour juif de l’argent, par exemple. Les Juifs sont donc présentés comme une menace pour la France.
  • Le Marché Noir : tout le monde y a recourt et tout le monde le condamne. C’est un système injuste car seuls les plus riches peuvent réellement s’en sortir sans trop souffrir. Alors la responsabilité de ce système est rejeté par les Allemands et Vichy sur la Résistance. La propagande fait ici, d’une pierre, deux coups.

Match avant Paris Match.
Il ne s’agit pas ici de propagande, mais d’une page du magazine Match en 1939, avant l’invasion de la Pologne. La guerre n’est pas déclaré, mais pour tous, l’inévitable est là.

On note la force de la simplicité du commentaire accompagnant la photographie. Quand Match était un magazine de référence.

Cette brochure d’une vingtaine de pages fut éditée en 1943 par le Centre d’Etude Antibolchévique (CEA), qui fut l’éditeur de l’Affiche Rouge. Voici quelques extraits, choisis car abordables par des élèves de 3°. Pour qui voudrait avoir accès aux autres pages, puisqu’il ne s’agit pas ici de se livrer aux mêmes techniques que la propagande en ne montrant que ce que l’on veut bien montrer pour servir un propos, demander simplement à l’administrateur.

Contexte : cette brochure paraît alors que le front de l’Est, ouvert par l’invasion de l’URSS en juin 1941 selon le plan Barbarossa, est en train de céder. La 6° armée de Paulus a capitulé face à l’armée Rouge soviétique, à Stalingrad, début février 1943. Le III° Reich est aux abois.

Techniques de propagande :

  • Le style d’écriture : utilisé par tous les camps, depuis de longues années déjà, cette écriture ressemble à  des coups de pinceaux passés rapidement, avec énergie, dans l’urgence d’une situation dramatique.
  • Un slogan : "toute l’Europe contre le bolchévisme*". Selon le slogan, toute l’Europe est unie dans la lutte contre le communisme, diabolisé par le régime nazi et les droites en général. Ainsi, les restrictions dues à la ponction des ressources, l’enrôlement des hommes dans la Wehrmacht, l’occupation militaire sont les efforts logiques de toute l’Europe pour soutenir le sacrifice de l’Allemagne partie en guerre contre ce grand ennemi commun. La propagande vise à désigner un ennemi qui justifie l’action du III° Reich en Europe.

*Le terme bolchévisme désigne le régime des soviets mis en place par les communistes en Russie à partir de 1917.

Suite de la brochure, page de garde.

Techniques de propagande :

  • La technique du "Ce n’est pas nous qui le disons" : il s’agit ici d’une couverture d’un journal américain. Ainsi, les auteurs de la brochure supposent ne pas pouvoir être accusés de partialité, puisque cette opinion est partagée aux Etats-Unis, le camp adverse.
  • Or le journal américain, The American Gentile, était un journal anti-juif de Chicago, soutenu par l’agence de presse nazie World-Service fondée en 1933, qui lui donnait des articles à publier. Ainsi, "ce n’est pas nous qui le disons, mais c’est nous qui l’avons fait dire" !
  • L’antisémitisme : les 3 personnages reprennent les stéréotypes juifs classiques de l’antisémitisme. Lèvres épaisses, gros nez et grosses oreilles, ventripotents, ils incarnent avec leurs hauts de forme la finance et l’argent.
  • L’un porte l’étoile de David symbolisant les Juifs, l’autre une étoile comportant la faucille et le marteau soviétique, et le dernier les insignes de la Franc-maçonnerie, ces deux derniers groupes étant également des émanations juives. Ils sont, dit le journal, "les artisans des révolutions et des guerres".
  • Le slogan : la lutte mortelle est celle qui oppose, selon la brochure, l’Europe entière contre le communisme. Et chacun doit se sentir concerné et doit accepter la politique allemande, aussi dure soit-elle, ar c’est un rempart contre cet ennemi "mortel".